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A Serious man (2010)

Les Frères Coen, again. Les revoilà avec, comme toujours, un film qui n'a rien à voir avec le précédent. Généralement, à une comédie succède un film plus noir.

Ainsi, après le délirant mais gentil "Burn after reading", nous voici face à un film qu'on a un peu de mal à définir tant il est troublant. Drôle et grave à la fois. Avec toujours ces détails qui tuent et ces personnages vraiment bien dessinés, joués et mis en scène.

Le scénario montre la descente aux enfers, longue et douloureuse, de Larry Gopnik (magnifique Michael Stuhlbarg). Jusque là tout allait bien. Fin des années 1960, prof de physique quantique à la fac, juif pratiquant, maison sobre dans une banlieue résidentielle quelconque, deux enfants un peu turbulents (la fille ne pense qu'à ses cheveux et le fils fume des joints), et une femme au foyer qui le trompe. Ah oui, et il y a l'oncle Arthur qui draine son kyste à la maison aussi.

Bon, pas l'idéal mais il ne demande rien de plus. Sauf que sa femme va finir par le quitter, le forcer à vivre à l'hôtel, lui et son frère. Et s'il n'y avait que ça... Un élève coréen qui tente de lui acheter son examen, l'amant de sa femme qui décède brutalement, son frère qui déprime, sa voisine qui l'aguiche... Pourquoi le sort doit-il s'acharner contre ce pauvre type qui n'a jamais rien fait de mal ?

Larry va consulter à droite et à gauche, des rabbins, pour chercher des réponses à des questions qu'il ne connaît qu'à peine...

On sent un film très personnel, presque autobiographique pour les Frères Coen. Il y a sans doute un peu de leur enfance là-dedans. Surtout, ce qui est intéressant, c'est qu'en général, ces types-là, touchés royalement par la lose, sont touchés physiquement à un moment donné. Mais là jamais, on pense bien que son voisin yankee finira par lui mettre une raclée mais non, il va même jusqu'à vouloir le défendre face au père insistant de son élève coréen.

Mais non, tout ici est psychologique. Quand vient le physique (l'amant de sa femme lui éclate la tête contre un tableau de classe, il fait l'amour comme un fou avec sa voisine, son frère se fait shooter la tête par son voisin), c'est toujours en rêve. Toujours en dehors de la réalité. Cette réalité qui le met plus bas que terre mais juste moralement.

Lui, il avance malgré tout, contre vents et marées, c'est un "homme sérieux" comme l'indique le titre. Tout le monde ou presque est indifférent à ce qu'il lui arrive, même les rabbins qu'il consulte, mais il dégage finalement un grand sens moral et responsable.

Devant une telle oeuvre, on est à nouveau admiratif, parce que la mise en scène est pointue, le casting peu connu mais splendide, et les dialogues piquants et envoûtants. Cependant, le tout reste très troublant, choquant même, qui ne laisse surtout pas indifférent.

Comme "Burn after reading", je demande à revoir pour me remettre dedans et peut-être encore mieux apprécier cette oeuvre surprenante.

 
A Serious Man - ma note pour ce film :
Réalisé par Joel Coen, Ethan Coen
Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, ...
Année de production : 2008
Blade Runner (1982)

Ouf, j'ai enfin vu "Blade Runner". Il était temps, oui je sais. Un bien beau film qui mérite amplement son statut culte. Ridley Scott et les Américains confirmaient leur savoir-faire pour produire de la science-fiction pure et intelligente.

Puis, ici nous avons un polar SF. C'est rare, et ça le fait vraiment bien. L'intrigue n'est pas spécialement compliquée ici même si la quête des "répliquants" est parfois un peu confuse. Donc l'histoire se passe en 2019, à Los Angeles. C'est une énorme mégalopole, crasseuse et polluée, avec voitures volantes et gratte-ciel à gogo. L'humanité est débauchée et rien ne pourra vraiment la sauver.

Des clones ou "répliquants" ont été créés dans le but de coloniser des planètes inconnues et surtout de laisser les vrais humains au repos. Ces répliquants sont comme nous mais en plus fort et résistants. Ils ont aussi une once de conscience et c'est pour cela qu'une partie de ces répliquants a provoqué une mutinerie sur l'une des planètes colonisées. Sauf qu'il y en a qques uns qui reviennent sur Terre et qui sont bien décidés à se racheter un prolongement de vie, quelqu'en soit le coût. En effet, les répliquants ont une durée de vie beaucoup moins longue que nous.

Rick Deckard (Harrison Ford, très bien), ex-Blade Runner (policier spécial chargé de veiller aux répliquants) à la retraite, est appelé pour reprendre du service et mettre fin aux agissements des répliquants mutins, menés par le colossal Roy (Rutger Hauer, glaçant !). Il va falloir les retrouver et les éliminer un par un...

D'abord, c'est beau. Daté maintenant mais tout de même, il y a encore beaucoup de cachets dans ces décors gigantesques, à la fois sombres et ultra lumineux. Un environnement qui rappelle furieusement ceux de "The Fifth Element" qui s'en est sans doute bien inspiré.

Et il y a cette intrigue, noire comme dans un polar, avec un Harrison Ford formidable en policier pas si costaud que ça, qui paraît surtout bien tourmenté par cette Rachel, répliquante "gentille" qu'il est censé elle aussi détruire.

Puis il y a ces trognes, ces costumes, ces gadgets et autres créations propres à un univers complètement original. La seule déconcertation vient de cette longue errance, ce rythme pas vraiment élevé, la réflexion qui prend le pas sur l'action, et de ce côté mystérieux, presque psychologique qui tient lieu de fil rouge. La fin elle-même est très intriguante, mais il faut savoir qu'il y a eu de nombreux montages possibles donc difficile de cerner le plus adapté.

Au final, nous sommes face à une oeuvre vraiment intéressante, puissante et originale, à laquelle il manque peut-être un chouia de péripéties (malgré la bataille finale).

 
Blade Runner - ma note pour ce film :
Réalisé par Ridley Scott
Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, ...
Année de production : 1982
Les Portes de la gloire (2001)

Il y a clairement eu un avant et un après star-system dans la carrière de Benoît Poelvoorde. Et malheureusement, à y voir sa filmographie, son avant n'a pas duré bien longtemps, enfin il n'a pas duré beaucoup de films surtout. En qques perles, c'était fait, il était soudaineemnt attiré dans les bas fonds du vedettariat, prêt à enchaîner daube sur daube ou presque. Cela a commencé avec "Le Boulet" dont on a déjà parlé ici il n'y a pas si longtemps d'ailleurs.

Bref, donc ces "Portes de la gloire" se placent juste avant cette plongée abyssale et nous font regretter le Poelvoorde d'avant, celui qui jouait dans ce genre de petite comédie grinçante, avec des mecs si ordinaires dans des environnements si ordinaires.

Ici, c'est le monde des VRP qui est mis en lumière. La petite équipe de Pégase Diffusion est menée tambour battant par Régis Demanet qui ne jure que par la discipline, l'efficacité et "Le Pont de la rivière Kwaï". A ses ordres, Balzac, Patrick et Michel, des gars ringards mais sympathiques, aux méthodes distinctes mais toutes aussi efficaces les unes que les autres pour vendre des encyclopédies hors de prix. Ils circulent dans le Nord de la France et ses pavillons en briques, ses chômeurs longue durée et son climat dépressif (je caricature, amis nordistes ne le prenez pas mal, mais en même temps, c'est ce qui est montré dans le film). Son rêve à Régis, c'est de sortir sa dream team de ce foutu Nord et de faire la même chose, mais au Sud toute.

Il va profiter de l'arrivée d'un petit nouveau, Jérôme, qui est en plus le gendre du grand patron de Pégase Diffusion. Jérôme a été placé là par défaut, parce qu'il est mou et timide, incapable de vraiment bosser dans le business malgré ses études de commerce. Un loser quoi. Au début, c'est un peu dur pour lui, il n'arrive pas à s'adresser aux gens et c'est la catastrophe. Régis va alors l'obliger à se reprendre en main, ce qu'il fera avec brio. Jérôme se prend au jeu, se marie avec la fille du patron et réussit à ce que son équipe mette le cap au sud, pour essayer.

Et voilà la fine équipe qque part près de la Grande Motte j'ai l'impression, face à une toute autre civilisation, pas plus chaleureuse, beaucoup moins présente et qui ne sera pas vraiment séduite par leur camelote...

"Les Portes de la gloire", c'est donc un peu un voyage en Groland, avec des VRP sans aucune pitié, prêts à tout pour arracher les deniers des gens les plus pauvres. Il n'y a ici aucune générosité, c'est chacun pour sa peau et le but est de sortir vainqueur. Régis Demanet est pathétique en chef d'une troupe fatiguée qui n'a que faire de ses méthodes de stratégie "américaines". Mais ils n'ont que ça dans leur petite vie, leur petite camionnette, c'est tout, pas de famille, pas d'amis, ils n'ont qu'eux-mêmes, alors il faut s'épauler et tenter de s'aimer les uns les autres.

Poelvoorde est beauf à souhait, et le reste du casting est tout aussi excellent d'humanité ordinaire. Le scénario est drôlatique et on regrettera juste quelques longueurs ici et là qui ralentissent un peu l'action. Mais pour le reste, c'est du très bon, dialogues piquants, décors de choix, un vrai condensé de Groland magnifié. Et pourtant, ce Groland, c'est la France. Chez nous. Pas besoin d'aller loin et ça fait du bien de se moquer un peu de nous-mêmes. Avec un peu de compassion quand même parce que tout cela est si humain...

 
Les Portes de la gloire - ma note pour ce film :
Réalisé par Christian Merret-Palmair
Avec Benoît Poelvoorde, Michel Duchaussoy, Etienne Chicot, ...
Année de production : 2001
The Believer (2001)

"American History X" a tellement bien marché qu'il a fallu continuer sur ce fil et trouver des ersatz. C'est un peu le cas de ce "The Believer" qui, même si vraiment vaguement inspiré d'une histoire vraie, a finalement fait nettement moins de bruit que son aîné de deux ans.

Faire des films avec néo-nazis d'aujourd'hui, ça fout les jetons et c'est pour cela que ça marche. C'est même mieux qu'un film d'horreur parce que les scénarios approchent des faits réels et des personnages qu'on trouve malheureusement dans nos contrées. Puis, c'est tellement de fascinant de voir des gens qui, encore aujourd'hui, croient en la pensée de ce bon vieux Adolf. Sauf qu'on n'a jamais le droit à la subtilité et à une véritable réflexion. Il faut toujours montrer la violence en premier. Ici, c'est cela. Il y a une réflexion, mais tellement complexe qu'on ne comprend rien. C'est de la bouillie.

Revenons en à l'histoire; C'est donc le petit Danny, jeune skinhead de New York qui s'éclate bien avec sa bande de potes à tabasser du Juif. Sauf qu'il a un esprit brillant (enfin dans le mal) et qu'il s'exprime vraiment bien, alors il faudrait peut-être l'utiliser pour amasser les foules. Pour cela, il intègre un petit groupuscule d'intellos néo-nazis qui l'accueille à bras ouverts. Ils l'envoient à la campagne où il devient rapidement le leader d'une bande de petites frappes au crâne rasé. Mais avant ça, y a un journaliste qui traînait dans le groupe pour faire un article qui a fouiné et s'est aperçu que le petit Danny était Juif ! Ah ben dis donc. Sauf qu'il renie complètement son obédience et profite justement de toutes ses connaissances du milieu pour apporter des arguments à ses thèses crasseuses.

Toutefois, cette révélation le fait réfléchir de plus en plus et c'est là que le film va partir en vrille. C'est-à-dire que le scénario va nous montrer un Danny toujours plus ambitieux dans son rejet des Juifs, et en même temps, il commence à renouer avec son obédience en s'attachant à respecter des objets de culte, puis en apprenant l'hébreu à sa petite amie, puis en retrouvant ses anciens amis de l'école juive, etc...

Bref, il devient totalement torturé et c'est alors qu'on perd complètement le fil. On ne sait plus où il va, ce qu'il veut, chaque séquence est une nouvelle preuve de contradiction profonde. Bien entendu, on ne demande pas à un film d'être forcément simple mais là, ça vire au grand n'importe quoi. Les raccourcis sont grossiers et la fin est mystico-grotesque.

On passera sur les effets de style (les mauvais flash-backs, les séquences sorties de la guerre 39-45 et pire, les bagarres au ralenti), mais au final, rien ne va. C'est beaucoup trop bâclé et fait à la va-vite pour qu'on décèle une once de crédibilité.

Le sujet était original et réel, l'acteur principal, Ryan Gosling, joue très bien, certes, mais le résultat est vraiment trop décevant pour émettre une quelconque satisfaction. On ne se contente pas de peu avec des histoires pareilles.

 
Danny Balint
Réalisé par Henry Bean
Avec Ryan Gosling, Summer Phoenix, Glenn Fitzgerald, ...
Année de production : 2001
In the Loop (2009)

Connaître les dessous de la diplomatie anglo-saxonne tout en apprenant une série d'insultes "So British", c'est possible, grâce à cette formidable petite comédie britannique.

Nos voisins d'Outre-manche sont vraiment très forts pour taper là où ça fait mal et sans se gêner de piétiner le politiquement correct. Les Etats-Unis le font aussi de plus en plus mais il y a un flegme et une subtilité qu'ils n'auront jamais.

Bienvenue donc au royaume des sous-entendus, des coups bas et des grandes décisions qui naissent de petites. L'histoire part d'une boulette dite à la radio par un ministre anglais (Tom Hollander, poltron à souhait) qui se disperse sur la prévisibilité d'une guerre au Moyen-Orient. A peine le temps de rentrer à son ministère que le directeur de la com' du Premier ministre (Peter Capaldi, génial) lui tombe dessus et le pourrit comme jamais.

De là part toute une ribambelle de couacs de com' initiés par ce pauvre ministre gaffeur. Ce qui se cache derrière tout cela, c'est une intervention militaire au Moyen-Orient (on ne nous dit jamais où mais cela parodie l'intervention en Irak) menée conjointement par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ces échanges diplomatiques nous emmènent ainsi de Londres au siège de l'ONU, en passant par Washington, où les faucons des deux côtés de l'Atlantique ne pourront être empêchés de partir en guerre grâce à un remue-ménage de faux semblants.

Ce film est donc totalement impertinent, montrant toute l'hypocrisie de la diplomatie et des négociations secrètes qui se font à travers des jeux de mots à ne pas prononcer, des métaphores burlesques (de montagnes à gravir...) et des sous-entendus. On ne va jamais au fond des choses, ce ne sont qu'excuses et preuves de derrière les fagots. Tout est monté en épingle, de toutes pièces, avec une communication qui prend le dessus sur toute clairvoyance. Ce sont les communiquants qui jouent le jeu et mènent en bateau les populations et même leurs propres dirigeants qu'on ne voit d'ailleurs jamais dans le film ! 

La satire est hautement efficace bien que sans doute un peu exagérée dans le flot de vulgarités débitées en un minimum de temps par ce sacré zig de Malcom Tucker, l'homme de main du Prime Minister. Joué par un Peter Capaldi en grande forme et rappelant un peu John Cleese, il est un peu le symbole de ces nouveaux spin doctors qui font la pluie et le beau temps sur les démocraties d'aujourd'hui. Les gouvernants ne sont plus que des marionnettes dans leurs mains, à l'image de ce pauvre ministre du développement international qui résiste tant bien que mal en gaffant mais finit par se ridiculiser et se retrouver au placard dans le comté où il est élu.

Le casting est vraiment bon, énergique et très diversifié de chaque côté de l'Atlantique. On a ainsi autant de fous furieux excités et vulgaires que de colombes de la paix désabusées et amères. Pour donner du rythme à ces conversations de bureaux, nous avons le droit à un montage presque épileptique, très serré et cut, ça bouge beaucoup, ça fuse dans tous les sens, images comme mots.

Au début, il faut s'y habituer, s'y adapter parce que ce n'est pas facile, on s'y perd un peu. Mais au fur et à mesure, on y arrive et on assiste alors vraiment à un show splendide sur de dégoutants coulisses. Petites phrases mais grandes conséquences, petit film mais grande oeuvre de dénonciation.

 
In the Loop - ma note pour ce film :
Réalisé par Armando Iannucci
Avec James Gandolfini, Peter Capaldi, Steve Coogan, ...
Année de production : 2008
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