C'est dans la magnifique salle du Grand Rex, à Paris, que j'ai eu la chance de pouvoir assister à l'avant-première du dernier documentaire de Martin Scorsese sur George Harrison. Comme ce dernier ne sortira jamais sur les écrans et n'a eu l'honneur que de quelques diffusions télévisuelles anglo-saxonnes, il s'agissait d'une vraie chance.
Pour l'occasion, un mini-concert était donné, en présence d'Olivia Harrison, son fils Dhani et le monteur du film, présenté par Philippe Manoeuvre en monsieur Loyal. Je ne vous cache pas que sa courte interview des protagonistes déjà cités avec un accent Frenchy à couper au couteau fut mémorable et que la salle n'a pu s'empêcher d'éclater de rire. Pauvres guests.
Le mini-concert fut l'occasion pour qques artistes pas bien connus de la scène française de s'adonner à la reprise de morceaux de l'ex-Beatles. Si la première chanson (bien) interprétée fut le classique "Something", les autres eurent des choix ma foi très audacieux dont "Try Some, Buy Some" (horriblement interprété), "The Inner Light' (par Alister, bof), "Long, Long, Long" (par Peter von Poehl, bof bof), "Beware of darkness" (par la seule interprète féminine, un échec) ou encore "Within you, Without you" (façon électro, au secours). Outre le premier morceau, on sauvera "Taxman" et "If I needed someone" par JP Nataf.
Place au film ensuite, en deux parties car d'une durée de 3h30 quand même. Alors, parler d'un documentaire, c'est différent d'un film, je vais pas vous raconter la vie de George Harrison, mais force est de constater qu'on assiste vraiment à un beau film, rempli d'abord d'images et de vidéos inédites. Et beaucoup de très belles, notamment les voyages de l'ex-Beatles en Inde.
Ensuite, on salue la présence de témoins splendides et ô combien importants tels que Paul McCartney, Ringo Starr, Phil Spector, Klaus Voormann, Astrid Kirchner, Tom Petty, Eric Idle, Terry Gilliam, Eric Clapton, Ray Cooper, Jim Keltner, Billy Preston, Pattie Boyd, Olivia Harrison, Dhani Harrison, Ravi Shankar, Jackie Stewart, George Martin, Yoko Ono... ou encore George Harrison himself. Bref, tous ses plus proches collaborateurs et/ou amis sont là. Manquent plus que Jeff Lynne ou encore Bob Dylan, mais celui-ci confirme son habituelle réserve.
La première partie sur les Beatles et jusqu'à la moitié des années 1970 est vraiment admirable, parce qu'elle offre d'abord un montage original. Jamais dans ce documentaire, nous ne sommes dans une chronologie plate et sans rythme. Scorsese manie habilement les documents et les anecdotes qui sont offertes à lui. L'originalité est telle que l'on a presque l'impression de redécouvrir les Beatles, sous un autre angle, différent de tout ce qui a pu être fait auparavant sur eux, et notamment dans le déjà formidable "Anthology".
En revanche, la seconde et dernière partie, après la tournée 1974, est un peu moins convaincante, car elle se résume à un enchaînement des différentes thématiques qui entourent le personnage de George Harrison. Nous ne sommes plus vraiment dans la chronologie, ce qui est quand même bien dommage, mais plus dans la succession de "George et les femmes" (qui a fait une légère polémique qui retombe vite à plat après visionnage du film), "George et la méditation", "George et le jardinage", "George et les films", "George et le sport automobile", etc.
De plus, les sept ou huit derniers albums, même mineurs, qu'il publiera entre 1974 et 2002 pour le posthume, sont tous passés sous silence ou presque, hormis le passage Traveling Wilburys. Pour le fan pur et dur que je suis, ça laisse sur sa faim, parce que cela laisse encore beaucoup de choses inexplorées. Et au final, on se rend compte que les Beatles resteront quoiqu'il arrive sa période la plus scrutée.
A la fin de ce documentaire fleuve mais beau et respectueux, on apprend tout de même pleins de choses. Derrière ce garçon calme, le "quiet one", et pieux, se cache un homme charmant, drôle et franc. Mais ce qui ressort le plus, la vérité de George Harrison, c'est autant son amour de la musique que sa croyance en une amitié durable et sincère. Merci Mr Scorsese.