Les Frères Coen, again. Les revoilà avec, comme toujours, un film qui n'a rien à voir avec le précédent. Généralement, à une comédie succède un film plus noir.
Ainsi, après le délirant mais gentil "Burn after reading", nous voici face à un film qu'on a un peu de mal à définir tant il est troublant. Drôle et grave à la fois. Avec toujours ces détails qui tuent et ces personnages vraiment bien dessinés, joués et mis en scène.
Le scénario montre la descente aux enfers, longue et douloureuse, de Larry Gopnik (magnifique Michael Stuhlbarg). Jusque là tout allait bien. Fin des années 1960, prof de physique quantique à la fac, juif pratiquant, maison sobre dans une banlieue résidentielle quelconque, deux enfants un peu turbulents (la fille ne pense qu'à ses cheveux et le fils fume des joints), et une femme au foyer qui le trompe. Ah oui, et il y a l'oncle Arthur qui draine son kyste à la maison aussi.
Bon, pas l'idéal mais il ne demande rien de plus. Sauf que sa femme va finir par le quitter, le forcer à vivre à l'hôtel, lui et son frère. Et s'il n'y avait que ça... Un élève coréen qui tente de lui acheter son examen, l'amant de sa femme qui décède brutalement, son frère qui déprime, sa voisine qui l'aguiche... Pourquoi le sort doit-il s'acharner contre ce pauvre type qui n'a jamais rien fait de mal ?
Larry va consulter à droite et à gauche, des rabbins, pour chercher des réponses à des questions qu'il ne connaît qu'à peine...
On sent un film très personnel, presque autobiographique pour les Frères Coen. Il y a sans doute un peu de leur enfance là-dedans. Surtout, ce qui est intéressant, c'est qu'en général, ces types-là, touchés royalement par la lose, sont touchés physiquement à un moment donné. Mais là jamais, on pense bien que son voisin yankee finira par lui mettre une raclée mais non, il va même jusqu'à vouloir le défendre face au père insistant de son élève coréen.
Mais non, tout ici est psychologique. Quand vient le physique (l'amant de sa femme lui éclate la tête contre un tableau de classe, il fait l'amour comme un fou avec sa voisine, son frère se fait shooter la tête par son voisin), c'est toujours en rêve. Toujours en dehors de la réalité. Cette réalité qui le met plus bas que terre mais juste moralement.
Lui, il avance malgré tout, contre vents et marées, c'est un "homme sérieux" comme l'indique le titre. Tout le monde ou presque est indifférent à ce qu'il lui arrive, même les rabbins qu'il consulte, mais il dégage finalement un grand sens moral et responsable.
Devant une telle oeuvre, on est à nouveau admiratif, parce que la mise en scène est pointue, le casting peu connu mais splendide, et les dialogues piquants et envoûtants. Cependant, le tout reste très troublant, choquant même, qui ne laisse surtout pas indifférent.
Comme "Burn after reading", je demande à revoir pour me remettre dedans et peut-être encore mieux apprécier cette oeuvre surprenante.
Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, ...
Année de production : 2008








